27/01/2008

Si près de l'enfer (2ème partie)

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(La 1ère partie est là-bas)

.....le lendemain matin, j’ai rdv chez l’échographe, pour la première fois, mon chéri pris de court, ne pourra se libérer au boulot et venir avec moi, sa maman m’accompagnera. 

 

J’ai rdv vers 9h, mon gynécologue a tout arrangé la veille par téléphone, dès mon réveil j’ai énormément bu, j’ai tellement peur qu’il me dise que il ne sait pas voir car je n’ai pas assez bu, donc je bois, j’ai l’impression que je vais me noyer…. 

 

Arrivée dans la salle d’attente, je suis entourée de mamans aux ventres les plus rebondis les un des autres….. 

 

Plusieurs futures mamans passent, je les vois ressortir les yeux plein d’étoiles, avec les clichés du bonheur à venir, je me sens triste, et en colère, je leur en veux de tout ce bonheur qui m’éclate au visage, parce que moi je ne sais même pas si mon bébé va bien…. 

 

1h30 plus tard je ne suis toujours pas passée, je n’en peux plus tellement ma vessie est tendue, je vais trouver l’échographiste pour m’assurer qu’il ne m’a pas oubliée,…je ne suis pas sur sa liste !!! je lui explique que mon gynécologue à téléphone le soir avant pour prendre rdv en urgence, qu’il m’a affirmé que j’avais rdv ce matin à 9h….  

 

Il y a eu une erreur de la part de la secrétaire, je n’ai été notée nulle part, je dois donc attendre que ces rdv soient terminés pour être vue, je n’en peux plus je me tords de douleur, je pleure tellement ma vessie est pleine et douloureuse, mais ma belle maman m’empêche d’aller faire pipi pour ne pas compromettre l’examen….je suis en colère, j’ai mal, j’ai peur, je suis à bout…. Je voudrais juste tout laisser tomber, et m’en aller…. 

 

J’attendrais comme ça jusque 12h30…lorsqu’il m’appelle, je sais à peine marcher tellement j’ai mal, je suis livide, j’ai des sueurs froides… une fois déshabillée,il m’ordonne d’aller vider ma vessie....!!! car l’examen se fait la vessie vide..., j’ai encore envie de pleurer, je ne sais pas si c’est de soulagement ou de rage d’avoir attendu autant d’heures…dans la douleur..... 

 

L’examen prendra tout au plus 10 minutes…. 

 

"Comme vous pouvez le voir, il n’y a plus d’activité cardiaque, votre grossesse est arrêtée…. Recontactez votre gynéco pour connaître la marche à suivre…" 

 

Ce sera la seule explication, le reste je ne l’ai pas entendu, juste ces mots qui frappent dans mes temps trop forts, trop vite…plus d’activité cardiaque… 

 

Je me rhabille en pleurant, je suis incapable de prononcer un seul mot

 

 L’échographe, trouvera bon de rajouter en guise d’encouragement : "faut pas vous mettre dans cet état là, vous n’êtes pas la seule à qui ça arrive…" 

 

Sauf que là c’est moi qui ai mal à en crever…le chemin du retour se fera dans un silence pesant, je n’ai pas envie de parler, pas la force, je ne veux pas qu’on me parle, je n’ai pas envie d’entendre des phrases comme "ça va aller", je veux juste qu’on me laisse tranquille….avec cette souffrance qui me dévore….. 

 

Je rentre à la maison, et je vais me coucher, j’ai besoin de dormir pour oublier…. 

 

Naïvement nous pensions, qu’une fois le premier trimestre passé, on ne risquait plus rien, je me rends compte que nous avions une vision bien idyllique de la grossesse, comme la plupart des gens malgré la difficulté à concevoir un enfant, nous pensions qu’une grossesse c’était naturel, ça allait de soi…alors que donner la vie relève du miracle….on l’oublierait presque…. 

 

Fin de journée, une fois mon chéri rentré à la maison j’étais dans un état d’hébétude, et de doutes aussi, j’avais eu assez d’heures derrière moi pour cogiter seule, et trouver des remparts à l’inacceptable…. 

 

J’en étais arrivée à la conclusion que l’échographe s’était certainement trompé, que son appareil était défectueux, que tout allait rentré dans l’ordre…. 

 

Si notre bébé était mort, j’aurais fait une fausse couche, puis les fausses couches c’est au premier trimestre…donc ça ne pouvait qu'être une erreur...j’avais dressé des barricades, pour occulter l’inconcevable…. 

 

Mais bien vite la réalité me rattrapait de plein fouet, j’avais eu mon gynécologue au téléphone, il m’expliqua alors que pour une MFIU (mort fœtale in utero) à ce stade, on allait devoir pratiquer une IMG (interruption médicale de grossesse), autant de mots qui m’arrivaient comme des poignards dans le cœur, pour moi grossesse rimait avec vie…ici on me parlait de mort, d’interrompre la grossesse, j’étais en plein chaos….Je ne comprenais pas ce qui arrivait, tout allait trop vite…. 

 

Dès ce moment et jusqu’à ce que mon tout petit sorte de moi…je serais sans cesse tiraillée entre une multitude de sentiments contradictoires, la culpabilité, la colère, l’envie que tout se termine vite, l’envie de croire que c’était une erreur, qu’on allait me dire qu’il était encore vivant, la peur, le besoin impérieux de rejeter ce bébé mort en moi, l’envie de le garder au chaud, la haine, l’amour…. 

 

Mon gynécologue me confia a un autre collègue, car le bras dans le plâtre, il lui était impossible de pratiquer l’interruption de grossesse, et le curetage qui suivrait….il m’avait rassurée, m’avait expliqué que je serais hospitalisée, qu’une fois le bébé « expulsé » je subirais un curetage pour enlever tout les « débris » (les termes peuvent choquer, il m’est d’ailleurs toujours difficiles de les utiliser, mais c’est ainsi qu’ils sont employés dans la réalité), que je ne serais pas seule,que je serais très bien accompagnée psychologiquement…. 

 

J’étais un peu déçue mais aussi angoissée que ce ne soit pas lui qui me suive, ce détail paraît insignifiant face au reste….et pourtant, ce simple détail me fera basculer dans l’horreur, cette histoire, douloureuse et difficile, allait se transformer en véritable cauchemar….je ne le savais pas encore….

 

Commentaires

.... On n'oublie jamais.
On vit avec.
Enfin on essaye.
Certaines dates dans l'année nous rappelle la réalité de la vie et ses tristesses...
Gros bisous et plein de câlins à Gabriel.
Cath.

Je n'ai pas oublié Jean-Baptiste...

Écrit par : Catherine | 27/01/2008

Tu as su mettre en mots ce que je n'aurais jamais réussi à exprimer si bien... J'ai eu exactement le même parcours, les mêmes mots à subir cette fois là... Et on ne s'en remet jamais vraiment...
Continue d'écrire surtout.
Gros bisous

Écrit par : Phoebe | 28/01/2008

Il est toujours là.... Je viens de lire avec une émotion non dissimulée le récit tragique que tu fais de la fin d'un rêve, car c'est bien de cela qu'il s'agit.
Lorsque Corine et moi avons perdu notre Louis, j'ai cru que le sol s'ouvrait sous mes pieds et allait m'engloutir...
Je suis sorti de la salle d'echo hurler ma douleur comme on vomi un poison qui nous ronge...
J'avais perdu mon fils mais plus encore le rêve de toute ma vie. En éffet j'avis "porté" Louis comme un père peut le faire avec ses faire avec ses faibles moyens...
Je nous voyais lui et moi courrir derrière Zoé notre chienne, je me voyais mettre son goûter ds son cartable avant de partir à l'école et plus encore je l'entendais m'appeller "Papa"...
J'ai accompagné Corine à l'höpital et ne l'ai plus quitée j'etais le seul mec en pantouffle dans la maternité!
Je n'oublierais jamais la souffrance de celle que j'aime pardessus tout lorsque le soir de son admission elle se tordait de douleur aprés avoir pris un cachet pour "détacher" Louis de son utérus meurtri.
Nous avons parlé toute la nuit , je voulais la persuader de m'accompagner après que "la besogne" soit accomplie saluer une dernière fois notre fils appelé délicatement "erreur médicale".
Je trouvais l'argument massue vers 3h du matin en disant ceci ; " ne crois tu pas qu'on lui doit après tout le bonheur qu'il nous a donné de lui éviter d'être trituré par des mains étrangères ?" Corine fondit en larmes dans mes bras tremblants et le lendemain nous vîmes notre fils disposé avec élégance sur une barquette de couleur bleue.
J'avais écrit un texte mais ai préféré lui parler comme un père à son fils, lui raconter la belle histoire d'Amour de ses parents, lui dire je t'aime car on ne se le dit jamais trop.
On nous le repris pour l'incinérer avec ses compagnons d'infortune alignés selon le sexe sur une barquette de couleur bleue ou rose.
Je déplorerais tte ma vie de ne pas avoir de scépulture sur laquelle aller lui parler....
Encore aujourd'hui même si Alexandre est venu et même si quelques années se sont écoulées, Louis vit en moi et je ressens son manque de la même façon qu'un emputé croit encore pendant trés longtemps ressentir son membre disparu...
Comme tu vois nous avons des choses à partager, n'hésites pas à nous contacter car je t'ai envoyé nos coordonnées par mail.
Bien cordialement,
Olive.

Écrit par : Olivier Gallo | 30/01/2008

Je ne peux retenir une petite larme à la lecture de ton rècit.
Je préfère être concis car que dire sans tomber dans le lieu-commun ou dans un pseudo-réconfort inutile?

Écrit par : Michaël Simon | 21/01/2011

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